L'avis de Marie 36: Les Roms, le lexique roman et les haricots (17 septembre 2010) PDF 
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Bonjour, c'est Marie. Bienvenue sur mon podcast " l'avis de Marie ". Aujourd'hui nous sommes le 17 septembre et vous remarquerez que je n'ai pas toute ma voix, je suis malade. Mais je suis là et j'aimerais vous parler de l'affaire qui fait scandale en France de l'expulsion des Roms. Ensuite, je vous expliquerai quelques différences entre le français de Suisse romande et celui de France. Pour finir, je vous parlerai de haricots, quelle drôle d'idée non ?


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Vous avez entendu parler de l'expulsion, c'est à dire de la sortie du territoire français, des Roms ? En France, on les appelle aussi de manière très générale, sans considérer leur origine exacte, les Gitans, les Tsiganes ou encore les Manouches ou les Bohémiens. C'est une minorité ethnique [1] qu'on qualifie aussi de gens du voyage et bien souvent leur mode de vie, leur différence dérangent. Les préjugés [2] sont nombreux à leur sujet : les bohémiens sont des voleurs de poules [3], les femmes des voyantes [4]. Justifiée [5] ou non, cette mauvaise réputation [6] ne facilite pas leur intégration et leur acceptation. Comme ils n'ont pas de papiers, ils sont en situation illégale. En un mois, près de mille Roms ont été renvoyés en Bulgarie ou en Hongrie. Des sans-papiers en France, il y a en a beaucoup et on ne pourra reprocher [7] à des hommes de venir en France, essayer une vie meilleure dans l'illégalité d'abord. Des sans-papiers expulsés, il y en a beaucoup aussi. Je pense que ce qui a choqué, c'est qu'une minorité ethnique soit la cible [8] de la politique de Nicolas Sarkozy. Cette affaire a fait la une de toute la presse et d'ailleurs samedi 5 septembre dans toute l'Europe des manifestations ont eu lieu devant les ambassades de France pour protester contre cette méthode. Pour le pays des droits de l'Homme, la politique intérieure de Nicolas Sarkozy, ne nous donne pas bonne presse. C'est une expression qui veut dire, que cette action ne nous donne pas, à nous autres Français, une bonne image, enfin, c'est surtout l'image de notre Président qui est noircie, rendue noire et négative.

Mais ces façons de faire, ce n'est pas nouveau. En France, si vous n'avez pas de papiers, vous êtes expulsé, on vous met dans un avion, mais vous recevez de l'argent, une aide au départ, comme ils appellent cela, 300 euros par adulte et 100 euros par enfant. Pour beaucoup c'est un moyen de gagner sa vie de manière assez subtile [9]. Renvoyés dans leur pays avec 300 euros, certains y vivent comme des rois, c'est à dire très bien, puis lorsque ils n'ont plus de sous, ils reviennent en France, se font attraper par la police et se refont expulsés avec 300 euros en poche. Ces allers-retours sont répétés quelques fois. Aujourd'hui la presse en parle, c'est ce qui fait la différence. On en parle depuis cette sombre affaire entre un jeune Gitan et la police. Le jeune est mort et sa famille voulait se venger [10]. Eh oui chez les gens du voyage, la famille a un sens que nous autres ne connaissons plus. Il y a eu quelques manifestations, quelques dégâts matériels et une police un peu ridiculisée [11], mais voilà, notre président n'aime pas qu'on se moque de sa police et les expulsions médiatisées [12] ont commencé.

Je parle de tout cela sur un ton un peu léger, il y a bien sûr un vrai problème d'intégration des Roms, car ils n'ont aucune citoyenneté [13]. Leur pays c'est la terre, ou celle qui veut bien d'eux. Aujourd'hui avoir une identité suppose avoir un passeport et certains valent [14] mieux que d'autres. C'est cela la mondialisation. L'uniformité [15] et la peur de la différence. Bien sûr vivre en société exige de respecter des lois, mais je trouve dangereux de condamner la différence, et d'en faire un argument politique pour cultiver la peur. Peut-être que notre président un jour s'en prendra aux plus grands que lui. S'il fallait expulser tous ceux qui mesurent plus que 1.60, il ne restera plus grand monde en France.

Moi j'ai décidé de soutenir la différence culturelle c'est pourquoi je me suis remise à fumer, vous l'entendez d'ailleurs, et je ne fume pas n'importe quelle cigarette, je fume des gitanes blondes ! D'ailleurs ceci est aussi mon soutien aux fumeurs, car bientôt ce sont eux qu'on va expulser.

***

Evidemment tout le monde comprend quand je dis 70, 80 ou 90, mais je dois bien reconnaître qu'il est plus logique de dire septante, huitante ou nonante comme vous le faites, vous, mes voisins helvétiques. C'est vrai, quelle idée de calculer 60 +10 pour parler du nombre septante. Votre manière de dire est tellement plus logique que même à la Bourse de Paris ils évitent de dire 70 et 90 pour éviter toute confusion. Et les différences linguistiques entre le français de France et celui de Suisse comme celles-ci sont nombreuses.

Si un Suisse romand entre dans un café parisien et se commande un café renversé, ce n'est pas certain que le serveur comprenne ce qui lui a été commandé, et il se demanderait si le client n'est pas un peu étrange de vouloir un café renversé sur son pantalon. En fait notre ami Suisse ne lui aura commandé qu'un simple café dans lequel il y autant de lait que de café. Quand je suis arrivée en Suisse, souvent en commandant mon café, j'ai été étonnée [16] de recevoir un grand café. Pour nous un café, c'est un petit café noir. Ce n'est que plus tard que j'ai compris qu'il me fallait commander un expresso pour boire le café comme je l'aime.

Un jour j'étais chez des amis romands qui m'avaient invitée à dîner. Heureusement que j'avais alors demandé si je devais venir plutôt vers les 6 heures ou vers les 8 heures, car mon amie, surprise m'a répondu que chez eux ils dînaient plutôt vers les midi et qu'ils soupaient le soir. Tiens que c'est étrange. Chez nous en France, on déjeune à midi et on dîne le soir ! C'est une différence culturelle qu'il est important de connaître. Imaginez tous ces rendez-vous manqués [17], toutes ces affaires commerciales ratées, toutes ces histoires d'amour stoppées, simplement pour ne pas s'être retrouvés autour de la table au même moment !

Bref chez mes amis chez qui j'avais passé la journée, quand est venue l'heure de partir, après le souper, je ramenais des pommes, des confitures et je ne sais plus quoi. Mon amie m'a demandé alors si j'avais besoin d'une poche. D'une poche ? J'avoue ne pas avoir compris de suite ce qu'elle entendait par là. Voulait-elle me donner un pantalon avec une poche ? Mais qu'allais-je pouvoir en faire ? Non en fait mon amie me proposait juste un sac en plastique pour y mettre mes affaires.

***

Je profite des derniers jours de soleil pour cueillir et ramasser les fruits et les légumes du jardin. J'adore grimper [18] dans les arbres fruitiers [19], dans le mirabellier par exemple pour y manger les mirabelles directement de l'arbre. C'est tellement plus agréable et moins compliqué que de faire une tarte. Dommage qu'on ne puisse pas faire la même chose avec les légumes, vous m'imaginez aller directement manger les haricots crus [20] ? Non, non, les haricots c'est du travail, d'ailleurs rien que la prononciation de ce mot, annonce que ce n'est pas un légume facile. Notez que je n'ai pas dit les haricots, mais bien les haricots. Je ne dirai pas : " Aujourd'hui j'ai préparé 5 kilos d'haricots ", non je dirai : " Aujourd'hui j'ai préparé 5 kilos de haricots ". Car oui les haricots commencent avec un h aspiré, un h qu'on entend.

Bien sûr il est plus facile d'aller dans le magasin et de s'acheter une boîte de haricots, mais le naturel et le haricot frais cela se mérite. D'abord il faut les cueillir puis les équeuter, c'est à dire leur enlever les petites extrémités et parfois même il faut les effiler car certains ont des fils et ensuite il faut les cuire dans l'eau, les laisser refroidir avant de les mettre dans un sachet plastic dans le congélateur [21].

Oui cela m'a demandé toute la journée, toute la journée de ce samedi. Mais alors que l'hiver sera là, que le vent froid soufflera, que la neige aura recouvert mon petit jardin, dans mon assiette j'aurai un souvenir d'été. A chaque coup de fourchette [22] j'aurai le souvenir de ce petit vent chaud sur mon front, des rayons de soleil encore chauds de ce début d'automne, des chants des oiseaux et je vous promets je les apprécierai [23] plus encore mes haricots, car c'est moi qui les aurai préparés.

***

Voilà c'est tout pour aujourd'hui, je dois préparer le dîner, enfin le souper et j'ai prévu des haricots du jardin et une tarte aux mirabelles. Je vous retrouve dans deux semaines et nous parlerons d'autres différences linguistiques, de cuisine équipée et sans doute de politique. En attendant laissez-moi vos messages sur www.podclub.ch et d'ici-là, comme le disent les Romands: " Tout de bon ! "




[1] la minorité ethnique : groupe culturel peu représenté dans le monde
[2] le préjugé : l'idée qu'on a avant de connaître, souvent négative
[3] la poule : animal qui donne des œufs
[4] la voyante : la personne qui peut voir l'avenir
[5] justifier :  confirmer ou non ; ici : qui est vrai ou non
[6] la réputation : l'image qu'on a, les préjugés
[7] reprocher : faire des reproches, condamner, dire que ce n'est pas bien
[8] la cible : la victime
[9] subtile : malin, intelligent, rusé
[10] se venger : la vengeance, si on veut se faire justice
[11] ridiculisé : dont on se moque
[12] médiatisé : dont les médias, la presse en parle
[13] la citoyenneté : être citoyen, appartenir à un pays
[14] valoir : avoir de la valeur ; ici : certains passeports ont plus de valeur que d'autres
[15] l(a) uniformité : quelque chose qui est pareil, qui est plat, qui se ressemble
[16] étonné : surprise
[17] manqué : raté, passé à côté
[18] grimper : monter dans l'arbre
[19] fruitiers : qui a des fruits
[20] cru : le contraire de cuit
[21] le congélateur : l'appareil pour congeler, en faire de la glace
[22] le coup de fourchette : l'ustensile avec lequel je mange
[23] apprécier : aimer